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Rassismus. Der Bundesrat muss endlich ein Zeichen gegen den in der Schweiz impliziten, unterschwelligen historischen Rassismus setzen

50222 · Amtliches Bulletin

Du 21 sept. 2020

https://lexipedia.io/fr/docs/ch/ab-bo-bu/50222/de/rassismus-der-bundesrat-muss-endlich-ein-zeichen-gegen-den-in-der-schweiz-impliziten-unterschwelligen-historischen-rassismus-setzen

Consulté le 11 sept. 2026

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Source

Objet parlementaire: Racisme. Le Conseil fédéral doit enfin envoyer un signal contre le racisme historique, implicite et sous-jacent en Suisse (20.3755)

20.3755

Rassismus. Der Bundesrat muss endlich ein Zeichen gegen den in der Schweiz impliziten, unterschwelligen historischen Rassismus setzen

Stöckli Hans · P-M · Ständerat · Bern · Sozialdemokratische Fraktion

Le président (Stöckli Hans, président): Monsieur Sommaruga n'est pas du tout satisfait de la réponse écrite du Conseil fédéral. Il demande l'ouverture de la discussion. - Personne ne s'y oppose.

Sommaruga Carlo · Mit-M · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion

Si vous suivez les débats parlementaires sur cette question du Pic Agassiz, vous verrez que régulièrement je reviens sur la thématique. Je prends connaissance de la réponse du Conseil fédéral avec une certaine déception. En effet, les arguments développés en réponse à mon interpellation sont certes connus, mais pas toujours exacts. Je rappelle que la mort violente et cruelle de l'Afro-Américain George Floyd sous les genoux du policier blanc Derek Chauvin a aiguisé ainsi la perception en Europe de la mesure dans laquelle notre société occidentale et sa prospérité reposent sur l'héritage de l'exploitation raciste coloniale et de l'esclavage.

Il est également apparu clairement que, dans de nombreux lieux de mémoire, des propriétaires d'esclaves, des profiteurs de l'esclavage et des criminels coloniaux sont encore honorés comme de grands hommes méritants par des statues, des noms de rues, des plaques commémoratives et des peintures sans commentaire, comme la statue du marchand d'esclaves Edward Colston à Bristol. Mais ici a passé l'histoire, et cette statue se retrouve aujourd'hui au fond du port. De même, les événements qui ont secoué les Etats-Unis ont amené à Anvers la statue de Léopold II, criminel colonial notoire, à être retirée. Avant même ce mouvement, comme le rappelle d'ailleurs le Conseil fédéral dans sa réponse, à Neuchâtel, l'"Espace Louis Agassiz" a été rebaptisé "Espace Thilo Frey". Une pétition demande le retrait de la statue de David de Pury, profiteur suisse de l'esclavage.

Par contre, les communes de Grindelwald, de Guttannen et de Fieschertal honorent toujours - par le biais d'un sommet alpin - le nom de Louis Agassiz, le plus important raciste scientifique du XIXe siècle, dont les thèses ont été utilisées pour développer l'idéologie du régime de l'apartheid en Afrique du Sud, de la ségrégation des noirs et de l'hygiénisme racial nazi.

En 2020, la vague d'indignation mondiale contre l'injustice raciste actuelle et historique justifie que la réflexion soit reprise par le Conseil fédéral. En effet, l'actuelle remise en cause de l'héritage colonial et du racisme qui structurent de manière sournoise les sociétés est une circonstance appropriée pour adopter une nouvelle décision exceptionnelle permettant de passer de la reconnaissance officielle de la face indigne de Louis Agassiz - c'est-à-dire ce qui a effectivement déjà était fait dans les réponses du Conseil fédéral aux précédentes interpellations - à la mise à l'honneur effective de Renty, l'esclave congolais opprimé dans une plantation de Caroline du Sud et qui fut déshabillé et photographié nu pour les études racistes de Louis Agassiz.

Le Conseil fédéral indique, dans sa réponse, qu'il faut s'en remettre aux procédures démocratiques et aux compétences communales pour nommer les sommets de nos Alpes. Mais pour les deux décisions qu'il a prises lui-même pour nommer la Pointe Dufour en 1863 et la Pointe Dunant en 2014, le Conseil fédéral est bien passé outre les compétences communales et cantonales en matière de nomenclature topographique. Mais il présente des arguments justifiant ces exceptions, comme il les évoquait déjà dans ses réponses aux interpellations précédentes.

En ce qui concerne le remplacement du nom "Höchste Spitze" par celui de "Pointe Dufour" pour honorer le général Dufour, il soutient que le nom "Höchste Spitze" n'était pas spécifique et que le processus de la cartographie n'était pas encore terminé en 1863, lors de sa décision. Cela n'est pas exact: les données de la feuille 22 Martigny-Vallée d'Aoste de la carte Dufour avaient été enregistrées en 1861, et la feuille avait été publiée la même année. Or la décision de changer le nom de "Höchste Spitze" en "Pointe Dufour" n'est intervenue qu'en 1863. Par ailleurs, dans la carte Dufour, achevée en 1865, la pointe, cotée 4638 mètres, apparaît toujours sous le nom "Höchste Spitze", ce qui peut être vérifié sur le site map.geo.admin.ch.

La désignation de la pointe orientale du Mont-Rose en Pointe Dunant a eu lieu parce que le président de la Confédération de l'époque, le conseiller fédéral Didier Burkhalter, a eu le souhait de le faire et a sollicité directement la municipalité responsable, celle de Zermatt. Qu'est-ce qui a empêché les présidents et présidentes de la Confédération des années 2007-2020 de procéder de la même manière avec les communes de Grindelwald, Guttannen et Fieschertal dans l'affaire Agassizhorn? D'autant plus qu'il y aurait également une pointe à côté de la pointe actuelle Agassizhorn, que l'on peut utiliser, dès lors qu'elle n'a pas de nom spécifique; cette solution a déjà été proposée comme solution pour le Rentyhorn.

Est-ce que ce manque de dynamisme reflète un manque de courage ou est-ce le fait qu'il est difficile de nommer une montagne suisse du nom d'un esclave noir du Congo? Je ne comprends pas pourquoi le Conseil fédéral ne met pas en oeuvre la sage pensée qui veut que renommer les sommets mentionnés peut envoyer un signal positif largement respecté pour faire face non seulement au racisme passé, mais aussi à la persistance du racisme, et ne s'adresse pas aux trois communes en exprimant son désir.

Toujours en matière de démocratie, il faut rappeler que la dénomination de l'Agassizhorn du nom de ce scientifique raciste était tout sauf démocratique. L'expédition de Louis Agassiz en 1840 dans la région de l'Unteraar a été obtenue à coups de griffe. C'était en quelque sorte un cadeau des participants à l'expédition de leur chef Louis Agassiz, alors encore jeune et relativement inconnu. Au milieu du XIXe siècle, ce raid nomenclatural a été critiqué par les milieux de l'alpinisme et d'ailleurs par le Club alpin suisse.

Je conclurai en soulignant que cet été, le gouvernement australien a rebaptisé les King Leopold Ranges. Si le gouvernement australien avait suivi la logique du Conseil fédéral et fait preuve de la même absence de courage, la chaîne de montagnes à l'ouest du pays porterait encore le nom d'un des plus grands criminels coloniaux de l'histoire.

Ainsi, cet automne en Suisse, au milieu du site patrimonial naturel de l'Unesco Jungfrau-Aletsch, il y a encore une montagne qui porte le nom d'un pionnier de la ségrégation raciale, de la haine raciale, de la pensée du Ku Klux Klan et de l'hygiène raciale nazie. J'aurais espéré que l'on puisse dépasser cela dans cette année 2020, soit dans les prochains mois.

Berset Alain · BR-M · Bundesrat · Freiburg

Le moins que l'on puisse dire, tout d'abord, c'est que nous vivons une année peu ordinaire. Nous en avons beaucoup parlé à cause de la pandémie qui nous occupe et qui sévit dans le monde entier, et nous voyons à quel point cette crise, ou des situations de crise, nous confrontent à la fragilité de nos société en révélant les nombreuses lignes de fracture qui marquent notre époque.

Monsieur le conseiller aux Etats, vous avez rappelé les évènements aux Etats-Unis, et je crois que certaines de ces lignes de fracture se sont manifestées au travers des réactions suscitées par le meurtre de George Floyd, vous l'avez mentionné, aux Etats-Unis mais aussi dans d'autres pays. Le mouvement mondial qui en est résulté s'est adapté selon les pays, les contextes. Même en Suisse d'ailleurs, et partout, il s'est porté contre les structures racistes et discriminatoires de notre temps héritées de l'époque coloniale.

Je crois que votre interpellation a le mérite, Monsieur le conseiller aux Etats, de refléter aussi cette discussion. Vous mentionnez la situation d'un sommet alpin situé au milieu de la région Jungfrau-Aletsch-Bietschhorn, région elle-même inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, qui porte le nom d'un homme dont les opinions racistes allaient bien au-delà du paradigme d'interprétation raciste usuel au XIXe siècle.

Je crois que nous pouvons être reconnaissants à M. le député Carlo Sommaruga d'attirer notre attention sur les travaux critiques des historiens qui ont étudié avec soin l'histoire de notre pays et son implication dans le colonialisme mondialisé. Je crois que nous devons toujours tirer les enseignements du passé, réfléchir à ce que cela signifie pour notre vivre ensemble et favoriser un avenir pacifique et commun pour toutes et tous dans nos sociétés.

Cela dit, et j'ai compris que c'est le point qui vous irrite dans la réponse du Conseil fédéral, la Confédération n'a pas la compétence de nommer ou de renommer des sommets alpins. Vous me direz que c'est une réponse très administrative et je vous répondrai: "fédéraliste, conforme aux structures de notre pays". Et, en l'occurrence, il est vrai que cette compétence échoit à trois communes, l'une valaisanne, Fischertal, et les deux autres bernoises, Grindelwald et Guttannen, qui sont d'ailleurs confrontées à ces discussions depuis de nombreuses années. Mais il y a également les deux cantons concernés, Berne et le Valais, qui doivent donner leur avis.

Il ne s'agit pas, ici, de se défausser sur les communes et sur les cantons, je vous le dis franchement. D'ailleurs, ce que j'ai dit auparavant montre bien qu'il nous paraît pertinent de débattre de cette question dans une société comme la nôtre. Il s'agit plutôt de respecter l'ordre démocratique, parce qu'on se félicite de ces processus démocratiques.

Pour être franc, je ne pense pas que ce type de discussion et de décision, projetée d'en haut, nous aide beaucoup. S'il doit y avoir un changement, il doit venir des communes concernées, et ce débat démocratique, nous pouvons le mener, le favoriser, mais sans vouloir toujours tout relire avec les lunettes d'aujourd'hui. Il faut faire la part des choses. C'est un travail d'historien, c'est assez exigeant, et nous avons quelques connaissances dans notre pays sur la manière d'aborder notre propre histoire, même si ce n'est pas toujours très simple.

J'aimerais encore dire quelque chose au sujet des deux décisions antécédentes que vous avez mentionnées. J'ai toujours eu conscience que, dans un exécutif politique, on ne peut pas répudier l'héritage. Mais je n'ai pas pensé que cet héritage nous reporterait jusqu'aux années 1863 et 1861. Vous avez dépassé mes compétences dans ce domaine, et je ne sais pas exactement ce qu'il faut vous dire à ce sujet. Je ne sais même pas si c'était une décision du Conseil fédéral - vous semblez dire que c'était le cas -, mais il se trouve probablement qu'à l'époque, selon ce qu'on m'a indiqué, la situation était effectivement différente de celle d'aujourd'hui.

Pour 2014, il n'y a pas eu, par contre, de discussion ou de décision au Conseil fédéral à ce sujet. Il y a eu un cheminement, que je ne connais pas très bien d'ailleurs, qui a conduit à ce que les communes concernées modifient le nom d'une pointe en Pointe Dunant. Cela montre bien que les communes peuvent le faire, cela prouve bien que c'est possible. L'impulsion qui a conduit à cela, vous l'avez mentionné, est un des éléments qui peut nous accompagner dans la suite de la réflexion. Je crois aussi que cette discussion est connue, que ce débat peut se poursuivre. Il a pris cette année un tour tout particulier.

J'aimerais souligner encore un élément, c'est que la Confédération, notamment par le biais de son Service de lutte contre le racisme, soutient des projets qui favorisent le débat sur les idées racistes, afin que l'on comprenne ce que cela signifie, à quoi on doit faire face.

Une exposition sur la vie et les activités de Louis Agassiz a d'ailleurs eu lieu il y a quelque temps, accompagnée de manifestations publiques. Elle a contribué à un débat animé dans de nombreuses régions du pays, débat qui a repris évidemment de manière encore plus importante, avec la situation que nous connaissons actuellement, dans cette année très particulière - c'est ce que j'ai mentionné.

Nous prenons note que vous n'êtes pas satisfait de la réponse que nous vous avons donnée. J'ai essayé de montrer que nous sommes très sensibles au débat sur l'histoire et à la réception des idées dans le cadre historique, mais quant à aller jusqu'à modifier le nom de sommets, nous préférons miser sur un système démocratique qui a fait ses preuves, où les décisions doivent être prises, pour ce type de questions, dans les communes concernées.